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#185876
Pierre
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Peut-on parler "d’annonce" quand on a déjà compris ce que le médecin a à annoncer ?

mardi soir, mon généraliste m’envoie aux urgences à cause de douleurs lombaires importantes. Il soupçonne une pathologie rénale, a priori une pyélonéphrite. Aucune signe d’infection. L’interne me fait passer un scanner et m’hospitalise pour une thrombose de la veine cave. Le lendemain, le chef des services des urgences me propose de me transférer dans le service d’urologie d’un autre hopital.

mercredi journée, un ambulancier me conduit. Arrivé sur place je  vois le bouton de l’étage sur lequel il appuie : "oncologie", un premier indice. Dans l’après midi, une interne passe me voir, je la questionne sur mon scanner, elle me dit : "vous avez une petite masse sur le rein droit, je n’ai pas tous les éléments on ne sait pas encore ce que c’est". Je lui réponds "petite ou grosse la masse ?" et elle : "plutôt grosse monsieur" avant de s’enfuir de la chambre. Sur mon iphone je tape "thrombose de la veine cave masse sur le rein" et google me retourne sans équivoque possible des articles sur le cancer du rein étendu avec envahissement sous forme de thrombus dans la veine cave. Me voici fixé. J’ai fait mon diagnosctic tout seul. Au passage je lis un communiqué du docteur Escudier sur les premières rémissions complétes du cancer du rein métastatique. ça me permet de me raccrocher à quelque chose.

mercredi soir, 19h30 : mon épouse et mes 3 enfants (22, 20 et 16 ans à l’époque) sont dans la chambre. L’urologue entre. Il me dit qu’il vient m’expliquer mon problème et me demande si je préfère en parler en tête à tête avec lui ou s’il explique à toute la famille. Bien entendu, je choisis la deuxième solution. Il a une voix calme, chaude et rassurante mais en même temps il est direct et clair : "le scanner montre que vous avez une masse importante sur le rein droit qui s’est étendue dans la veine rénale et la veine cave. Cette masse on peut l’appeler tumeur, c’est pareil. Il est quasiment certain que cette tumeur est cancéreuse. Mais on peut faire quelque chose pour vous soigner. Dans votre cas, c’est la chirurgie qui s’impose en retirant la totalité de ce rein, ne vous en faites pas, votre deuxième rein va prendre le relais. je vous propose cela pour vous guérir." Ensuite, il a demandé si nous avions des questions et il nous a laissé en famille. C’était net et sans bavure, professionnel, humain et chaleureux en même temps. La nuit suivante, j’ai bien dormi…

jeudi matin : scanner thoracique pour le bilan d’extension. Jeudi à 15h, un oncologue se présente à moi. Il m’explique que si je fais le choix d’être traité dans leur hopital, je serais suivi par l’urologue vu la veille et lui même. Je parle d’aller à l’IGR, il me convainc de rester chez eux. C’est de toute façon un hopital parisien de très grande réputation. Il m’informe que mon cancer est localisé et qu’il n’y a rien d’inquiétant dans mes poumons. Il dit que mon pronostic de guérison est de 90% en me confirmant le traitement par chirurgie. Il me propose aussi d’être inclus dans un essai clinique (Neorad). Je lui demande quelques jours de réflexions. Avant de sortir de la chambre, il ajoute : "vous n’avez rien à faire à l’hopital, votre opération n’est pas urgente, je vous fais sortir."

Voilà l’annonce d’un cancer inattendu mais rapide, simple, précise : diagnostic, proposition thérapeuthique et pronostic en 48 h. Du travail de pros.

Personne ne savait encore que 10 mois plus tard, on recommencerait pour l’annonce de l’extension métastatique de ma maladie…